Poésie

Ligne de Vie

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Page blanche je suis,
A chaque nouvelle tentative,
Page blanche,
Devant l’étendue du vide.

Surplombant ce monde béant,
Un vent d’appréhensions se lève,
Tentation de l’abandon qui enfle, tiraille,
Pousse au reflux,
Vers l’élément terre connu.

Longue ligne,
Lame sans état d’âme,
Toi qui tranche le paysage,
Accorde moi le droit de passage!

Pourquoi pas, pour quelques pas.
Mais pour cela…
Il faudra renoncer
Aux certitudes terrestres.
Se séparer
Du lourd fardeau
Des peurs qui lestent.

Aiguiser les sens,
Guetter l’accalmie.
S’asseoir, puis oser
Faire taire
Pour un instant la gravité.

Se lever.
Corp Vertical / Ligne Horizontale
Enfin deux bouts!

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Dessous,
Le sol attire dans un vertige,
Les jambes qui tremblent et flanchent,
Un plongeon comme seule issue.

Puis,
(Si la chute ne l’a pas emportée)

L’espace mental qui s’ouvre.
Intensité d’une vision nouvelle,
Concentration,
Flou périphérique.
Émotions qui précipitent .

Longue ligne.
Corde sensible qui oscille,
Porte moi vers
l’union du corps et de l’esprit.

Contre l’emprise du geste qui affaisse,
Rends-moi maitre de mes faiblesses.
Donne-moi cette force nouvelle,
Vers cet élan vital qui m’appelle.

L’ailleurs n’existe plus.
L’air vibre et se gonfle d’audace.
Le présent se tient là.
Si intensément,
Qu’il en deviendrait palpable.

Longue ligne.
Toi ma guide
Permet moi encore une fois
De traverser le plein du vide.

Photographe anonyme. « Et au mileu coule une rivière » – Etats-Unis, 1928


Les ailes du désir

J’ai entendu ta voix vibrer,
sur la proue d’un bateau.
Senti mes pieds glisser,
Doucement dans l’eau.
Miroir de ton beau visage,
Tel un oiseau de passage.
Au revoir doux paysage…
Quand le reflet s’efface,
Reste le chant de la grâce


La note là haut

Tour de silence,
Rail d’acier,
Longue torpeur
qui rend
La chair sensible,
Celle qui tremble quand
Sol La Si Do
l’échine sens-tu?


Printemps précoce

Quand le cœur se glace,
Dans la pénombre nocturne.
Que l’angoisse resserre son étau,
Sur la cage thoracique.
Les premiers rayons de l’aube
laissent place,
au torrent salé de l’amertume.


Le bois amer

À toi l’Arbre
que je pensais allié
De mes bonheurs faciles.
Je t’ai découvert,
Porteur de malheur.
Toi dont la sève,
A l’odeur synonyme de souffrance,
S’est incrustée
dans les sillons de mes mains,
Dont les branches
Porteuses du fruit mûr
Sont devenues complices de nos vices.
Laissant glaner aux témoins égarés
Ce corps étranger
Du bois amer dont les rêves sont faits.