Métamorphoses

Métamorphoses

Avant la mer, avant la terre et le ciel qui couvre tout,
la nature, dans l’univers entier, offrait un seul et même aspect.
On l’a appelé le chaos.

Les Métamorphoses, Livre Premier, Origines du Monde.

Tandis que, tête basse, tous les autres animaux tiennent leurs yeux attachés sur la terre,
il a donné à l’homme un visage qui se dresse au dessus.
Il a voulu lui permettre de contempler le ciel, de lever ses regards et de les porter vers les astres.

Les Métamorphoses, Livre Premier, Création de l’Homme.

Sur la terre, jusque là commune à tous aussi bien que l’air ou la lumière du soleil,
l’arpenteur défiant traça de longs sillons pour limiter les champs.
L’homme ne se contenta plus de demander à la terre féconde les moissons et les
aliments qu’elle lui devait, mais il pénétra jusque dans ses entrailles.
Il en arracha ce qu’elle avait caché, ce qu’elle avait relégué près des ombres du Styx,
les trésors qui provoquent nos malheurs…

Les Métamorphoses, Livre Premier, Les Quatre Âges.

Tiens, regarde mes cheveux ravagés par la flamme, toute cette cendre brûlante qui couvre mes yeux et mon visage,
Est-ce là ma récompense? Est-ce là le prix dont tu m’honores pour ma fertilité et mes bienfaits,
moi qui supporte les blessures du soc recourbé et de la herse.
Regarde les deux pôles tous deux fument déjà, si le feu les gagne, vos palais s’écrouleront.

Les Métamorphoses, Livre Second, Phaéthon.

Soudain sa voix virile s’affaiblit, des plumes blanches remplacent ses cheveux,
son cou s’allonge loin de la poitrine; une membrane unit ses doigts qui s empourprent,
des ailes voilent ses flancs. Cygnus devient un oiseau nouveau
Dans son horreur du feu, il choisit pour sa demeure l’élément liquide, contraire à la flamme

Les Métamorphoses, Livre Second, Cygnus.

Vis, mais reste suspendue, misérable!
Aussitôt touchée par ce poison funeste, ses cheveux tombent, et tout son corps se réduit.
De maigre doigts qui lui tiennent lieu de jambes, s’attachent à ses flancs
tout le reste n’est plus qu’un ventre.
Devenue araignée, elle s’applique, comme autrefois à ses tissus.

Les Métamorphoses, Livre Sixième, Pallas et Arachné.

La série en quelques mots

Ce projet de photographie argentique a pris forme sur une longue période qui m’a amené jusqu’aux Métamorphoses d’Ovide.

Au départ, une surimpression accidentelle sur la pellicule, les images qui fusionnent et donnent un nouveau sens. L’alchimie du hasard qui fait glisser la photographie vers une forme de transformation inattendue.

Ensuite approfondir et chercher à reproduire l’accidentel, avec l’intuition que les poèmes d’Ovide pourront guider nos recherches sur les artifices de déformation et les visions intérieures associées.

On retrouve certaines analogies avec le medium photographique dans l’analyse qu’en fait Italo Calvino :

« Les Métamorphoses sont le poème de la rapidité, tout doit se succéder sur un rythme serré, s’imposer d’un coup à l’imagination toute image doit se superposer à une autre, acquérir une évidence et se dissiper » 1

Ovide rend esthétique les transformations, en étirant l’instant où le mouvement s’immobilise, il modifie notre perception du réel pour laisser place au poétique et au fabuleux. Ces visions fugaces sont composées ici par l’association de textures et de lumières à partir des photographies originales.

J’ai ainsi tenté de créer des liens entre les tensions qui s’exercent dans les mythes et les profonds bouleversements, dus au rapport de domination de la nature par l’homme, de notre monde contemporain.

1. Italo Calvino – La Machine Littérature – Ovide et la contiguïté universel